LE RACISME ANTI-BLANCS : UN TIGRE DE PAPIER.
Pour avoir parlé de « souchiens » dans une émission de télévision, Houria Bouteldja, qui lutte depuis longtemps contre toutes les discriminations racistes, passe en jugement le 12 octobre devant le tribunal correctionnel de Toulouse pour « injure contre les Français ». L’action est menée par l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne (AGRIF), association connue pour ses actions contre l’homosexualité, l’IVG, etc. Son président, Bernard Antony, qui fut député européen sous les couleurs du Front national, est également à la tête de l’organisation Chrétienté-Solidarité, dont le but est de lutter contre « le génocide français » qui a lieu « par le jeu de l’immigration et de l’avortement » (Jeune Résistance, n° 32, automne 2003).

Nous sommes nombreux à avoir signé un communiqué de soutien à Houria Bouteldja, estimant qu’il n’était pas décent de laisser « défendre les Français » par des idéologues de la pureté ethnique – et que, d’ailleurs, les Français, qu’ils soient ou non « de souche », ne nous paraissaient pas véritablement menacés par les propos d’Houria Bouteldja. Bref, nous voulions souligner combien était ridicule la résurgence de cette vieille antienne, le « racisme anti-blanc ».

Or voici que paraît, dans Rue 89, une tribune signée par Mouloud Akkouche, qui a pour titre : « Les “Souchiens” de Bouteldja : le racisme anti-Blancs existe » (5 octobre). La fille d’une amie de M. Akkouche s’est fait traiter de « sale Française » dans son lycée de Montreuil, ville dont les collèges et lycées « sont fréquentés en majorité par des Noirs et Mahgrébins ». Et, pour lui, le « Souchien » de Houria est « l’équivalent du “bruit et l’odeur” de Chirac, de “Durafour crématoire” et du “ point de détail de l’histoire” de Le Pen.
Il est à craindre que Mouloud Akkouche n’ait pas bien compris ce qu’est le racisme. Le racisme ne peut pas se ramener à un sentiment ni à une opinion. Il est inséparable de l’oppression exercée sur ses victimes. Aujourd’hui, en France, le racisme ne se résume pas à des propos de comptoir ou à des actes isolés : c’est la discrimination à l’embauche, les contrôles au faciès, les morts dans les fourgons de police, les patrouilles paramilitaires dans les zones « sensibles » où s’entassent, comme le souligne Akkouche, les Noirs et les Mahgrébins. Retourner l’accusation de racisme, l’utiliser pour stigmatiser les dominés de notre société postcoloniale, c’est faire semblant de croire à l’équivalence des oppresseurs et des opprimés. Qu’il existe chez ceux-ci un sentiment de solidarité lié à leur « couleur de peau » et leur « origine » — en vérité, et en premier lieu, à leur condition commune face au racisme — ne change rien à l’affaire. Qu’ils puissent parfois traduire leur hargne par des propos malsonnants, ce n’est que l’expression d’un « racisme édenté », comme l’écrivait Albert Memmi dans Portrait d’un colonisé : inoffensif, impuissant, né de la ségrégation et du malheur. Se fonder sur de tels propos ou sur un mot inventé par Houria Bouteldja pour dire : « le racisme anti-blanc existe », c’est nier la réalité, laquelle finit toujours, parfois avec retard, par se venger.


Publié dans Rue 89 le 7 octobre 2011