CHRONIQUE TERRORISTE.
Editorial de La Fabrique, novembre 2007 En voyant paraître successivement Maintenant, il faut des armes et L’insurrection qui vient, certains pourraient penser que la Fabrique s’est constituée en base arrière de la lutte armée à Paris, rue Rébeval. L’endroit ne serait d’ailleurs pas mal choisi puisque Rébeval fut l’un des officiers qui commandaient l’armée de grognards, de Polonais, de civils et d’élèves des grandes écoles qui défendit Paris lors de la mémorable bataille du 30 mars 1814, et que dans la rue qui porte son nom, on se battit jusqu’au bout sur l’une des dernières barricades de la Semaine sanglante, en mai 1871.

Je ne soutiendrai pas que la sortie de ces titres en ce moment précis soit liée au hasard. Ceux qui refusent de se passionner pour l’une des plus insignifiantes d’entre ces « luttes » électorales auxquelles le capitalo-parlementarisme nous a habitués, ceux-là voient bien quelle manœuvre de durcissement mènent à présent les forces de la domination. Il ne s’agit pas seulement des rafles en pleine rue, des contrôles au faciès et des arrestations d’enfants dans les écoles, comme aux bons vieux temps. Il s’agit aussi de la haine qui s’exprime, chaque jour plus vive, contre ces basanés qui n’aiment pas la France, contre ces jeunes d’outre-périphérique qui complotent dans les halls d’immeubles, contre les pauvres qui ne veulent plus travailler, contre les mauvais élèves et leurs parents, et contre tous ceux qui osent prendre ouvertement parti pour ces détestables éléments. Ceux qui propagent cette haine – politiciens, journalistes asservis et intellectuels du maintien de l’ordre – avancent masqués. Ils s’abritent derrière des valeurs, dont les unes sont boursières et les autres non : république, laïcité, culture, liberté, État de droit.

Si une petite maison d’édition comme la Fabrique a un rôle, c’est celui de travailler au démontage de ces bobards. Tous nos livres, qu’ils traitent de la démocratie, de l’immigration, de la Palestine ou de l’insurrection qui vient, ont le même but : montrer où passe la véritable ligne de front. Et si nous publions Robespierre ou Blanqui, c’est parce qu’ils avaient précisément ce souci-là. De son cachot de Belle-Île, Blanqui écrit en juin 1852 : « Ils proscrivent les termes prolétaires et bourgeois. Ceux-là ont un sens clair et net ; ils disent catégoriquement les choses. C’est ce qui déplaît. On les repousse comme provocateurs de la guerre civile. Cette raison ne suffit-elle pas pour vous ouvrir les yeux ? Qu’est-ce donc que nous sommes contraints de faire depuis si longtemps, sinon la guerre civile ? ». Quand la Fabrique a publié, il y a trois ans, Chronique de la guerre civile, des amis m’ont demandé ce qui m’avait pris et de quelle guerre il pouvait bien s’agir. Gageons que la situation actuelle leur aura apporté la réponse.



Éditorial de La fabrique, novembre 2007